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Quarante jours, neuf escales et 40 000 kilomètres : PÉGASE 2026 est lancée

12 sept.
5 min de lecture
Départ de la mission PEGASE 26 depuis la base aérienne 125 d'Istres. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Départ de la mission PEGASE 26 depuis la base aérienne 125 d'Istres. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Par Audrey Rodrigues


Le 8 septembre 2026, les premiers appareils de la mission PEGASE 2026 ont quitté la base aérienne 125 d’Istres. Pendant quarante jours, 300 aviateurs, quatre Rafale, trois Airbus A330 MRTT Phénix et deux A400M Atlas vont parcourir 40 000 kilomètres à travers neuf escales, du Groenland jusqu’à l’Indopacifique, avant un retour en France via le Moyen-Orient et l’Égypte.


Plus qu’un simple déploiement, l’opération constitue une démonstration grandeur nature de la capacité de l’Armée de l’air et de l’espace à projeter rapidement des moyens de combat, de soutien et de transport sur plusieurs théâtres éloignés, tout en renforçant l’interopérabilité avec ses alliés.


Pour cette édition 2026, la base aérienne d’Istres s’est imposée comme le point de rassemblement de l’ensemble du dispositif. « Aujourd’hui, la base est une véritable plateforme de lancement. Nous avons concentré ici l’ensemble des moyens, du personnel et du fret indispensables à la mission. Istres est le tremplin de PEGASE 2026 », explique le général Yann Malard, qui a pris le commandement de la base aérienne 125 le 27 août dernier.


Istres, au cœur de la projection de puissance française


Le général Yann Malard, commandant de la base aérienne 125 d'Istres. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Le général Yann Malard, commandant de la base aérienne 125 d'Istres. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Choisie pour accueillir le départ de la mission, la base aérienne d’Istres bénéficie d’atouts uniques. Elle abrite notamment la 31e Escadre aérienne de ravitaillement et de transport stratégiques et l’ensemble de la flotte française d’A330 MRTT Phénix, pierre angulaire de la projection à longue distance.


Le général Yann Malard rappelle également le rôle du Hub des armées implanté sur la base, capable de centraliser hommes, matériels et équipements avant leur acheminement vers n’importe quel théâtre d’opérations. « Notre travail n’est pas d’être prêts demain, mais d’être prêts aujourd’hui. Cette mission est l’aboutissement de mois de préparation logistique et opérationnelle. »


Le site istréen, qui rassemble 5 000 personnes, remplit trois missions majeures : les essais en vol aux côtés de la Direction générale de l’armement (DGA) et de l’École du personnel navigant d’essais et de réception (EPNER), le transport stratégique et le ravitaillement en vol, ainsi que la mise en œuvre de la composante nucléaire aéroportée.


Autour de la base s’est développé un écosystème industriel regroupant notamment Airbus, Dassault Aviation et Safran, renforçant encore son caractère stratégique.



Un détour inédit par l’Arctique

Pour la première fois depuis la création de la mission PEGASE, le dispositif emprunte une route passant par le Groenland et l’Alaska avant de rejoindre l’Asie.


Chef de mission, le général de division aérienne Julien Sabéné voit dans ce choix un enjeu opérationnel majeur. « L’Arctique est un environnement austère et hostile. Avec le réchauffement climatique, cette région évolue rapidement et nous devons être capables d’y opérer si les autorités politiques nous le demandent. »


Les Rafale ont rejoint directement l’Alaska après un vol d’environ onze heures grâce à plusieurs ravitaillements en vol assurés par les MRTT. En parallèle, un A400M et un MRTT se poseront au Groenland afin d’assurer le soutien du dispositif.


Au-delà de la découverte d’un nouvel environnement, cette route septentrionale permet également de diversifier les axes de projection stratégiques. « La route habituelle vers l’Indopacifique passe par le sud-est. Si elle devenait un jour contrainte ou bloquée, nous devons être capables d’emprunter d’autres itinéraires. »


Le « triptyque magique » Rafale-MRTT-A400M


Portrait du général Julien Sabéné, chef de la mission PEGASE 26. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Portrait du général Julien Sabéné, chef de la mission PEGASE 26. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Au cœur de PEGASE se trouve une combinaison de moyens devenue emblématique des opérations aériennes françaises. Pour le général Julien Sabéné, le succès de la mission repose sur la complémentarité de ces trois appareils. « Le Rafale est capable d’intervenir rapidement et de produire des effets. Le MRTT est le cœur qui alimente le dispositif. L’A400M en est les jambes. »


Le ravitailleur MRTT permettra aux chasseurs de maintenir leur autonomie sur des distances exceptionnelles tout en servant de poste de commandement volant. Le général Sabéné a embarqué d’ailleurs à bord de l’un d’eux afin de piloter la mission et de gérer d’éventuels aléas techniques ou météorologiques en lien permanent avec le centre de commandement de Lyon-Mont Verdun.


L’A400M Atlas assurera quant à lui les fonctions logistiques, le transport du personnel, du matériel et les capacités de recherche et sauvetage (Search and Rescue), particulièrement importantes lors de la traversée des régions arctiques.


Quarante jours d’interopérabilité


Le général Marc Le Bouil, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Le général Marc Le Bouil, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Après l’Alaska, le dispositif poursuivra sa route vers le Japon et la Corée du Sud, avant de rejoindre l’Indonésie puis l’Inde pour participer à l’exercice aérien multinational Tarang Shakti.


Le général Marc Le Bouil, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), souligne que l’enjeu principal dépasse largement le simple déplacement géographique. « Faire douze heures de vol, tout le monde sait le faire. Le défi, c’est d’être capable, quelques heures après l’atterrissage, de repartir en opération avec nos partenaires. Et cela, nous allons le faire neuf fois. »


Les équipages français s’entraîneront notamment avec des forces aériennes équipées de F-35, de F-22 ou encore de Rafale, comme l’Inde, l’Égypte ou l’Indonésie. « Nous travaillons autant les aspects techniques que les procédures. Cette interopérabilité est indispensable dans le contexte stratégique actuel. » La mission prévoit également un passage par La Réunion afin de démontrer la capacité de l’Armée de l’air et de l’espace à soutenir les territoires ultramarins, avant une phase au Qatar puis un exercice majeur en Égypte.


Un centre de commandement actif 24 heures sur 24

Si les appareils ont quitté Istres, la mission continuera d’être suivie en permanence depuis la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun.


Le centre de commandement du CDAOA assurera la coordination avec les partenaires étrangers, le suivi météorologique, la gestion des déroutements éventuels et le lien avec les autorités militaires et politiques françaises. « Le soleil ne se couche jamais sur les avions français déployés dans le monde. Nous sommes en permanence en lien avec eux pour pouvoir réagir immédiatement à toute situation. » souligne le général Marc le Bouil.


Cette architecture de commandement permet notamment de reproduire les conditions réelles d’une opération, où les décisions peuvent évoluer jusqu’au dernier moment en fonction des développements diplomatiques ou militaires.


Une démonstration de crédibilité stratégique

Pour les responsables de la mission, PEGASE 2026 dépasse le cadre de l’entraînement. Dans un environnement international marqué par la multiplication des crises, l’opération vise à démontrer la capacité de la France à intervenir rapidement partout où ses intérêts ou ceux de ses partenaires sont engagés. « Nous montrons à nos partenaires qu’ils peuvent compter sur nous, mais aussi à nos compétiteurs potentiels que l’Armée de l’air et de l’espace est capable d’opérer en toutes circonstances et en tout lieu », affirme le général Sabéné.


Même constat pour le général Malard, qui insiste sur la dimension humaine de l’opération.

« On parle souvent des avions et des matériels, mais derrière il y a des aviateurs et des aviatrices. Leur expérience, leur savoir-faire et leur engagement sont la véritable force de cette mission. »


Pendant quarante jours, ce sont ainsi 300 militaires français qui porteront les couleurs de l’Armée de l’air et de l’espace sur trois continents, illustrant la capacité de la France à conjuguer puissance militaire, coopération internationale et présence stratégique à l’échelle mondiale.



EN IMAGES

Départ de la mission PEGASE 26 depuis la base aérienne 125 d'Istres.

Audrey Rodrigues / SENTRY Média



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