L’armée de l’Air et de l’Espace accueille ses premiers appelés du service national dans le Loiret
- 8 juil.
- 6 min de lecture

Par Audrey Rodrigues
Sous les dorures de l’Hôtel Groslot, ancien hôtel de ville d’Orléans, l’instant avait quelque chose de solennel. Ce mercredi 8 juillet, cinq jeunes du Loiret ont officiellement signé leur contrat d’engagement dans le cadre du nouveau service national volontaire au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Une première cérémonie symbolique organisée par le Centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) d’Orléans, en présence des familles, d’élus locaux et de représentants militaires.
Parmi eux, Enzo, Mathis, Matteo, Maelys et Quentin, ce dernier étant absent lors de la cérémonie. Tous ont fait le choix de consacrer dix mois de leur vie au service de la Nation. Une décision mûrement réfléchie qui marque le début d’une aventure militaire et humaine.
« Comme Maelys le mois dernier, vous vous êtes portés volontaires pour servir votre pays, et je vous en félicite », a déclaré le lieutenant Kévin, chef du CIRFA d’Orléans, en ouvrant la cérémonie. Remerciant la Ville d’Orléans pour l’accueil réservé à cet événement dans le cadre prestigieux de l’Hôtel Groslot, l’officier a rappelé la portée particulière de cette signature.
« Vos candidatures ont retenu l’attention de l’armée de l’Air et de l’Espace. Soyez à la hauteur de ses valeurs : respect, intégrité, sens du service et excellence », a-t-il lancé aux jeunes recrues.
« Ce n’est pas qu’un contrat »
Avant la signature des documents, le capitaine Guillaume, chef de cabinet du commandant de la Base aérienne 123 d’Orléans-Bricy, a tenu à rappeler la portée de l’engagement pris.
« Le papier que vous allez signer, c’est bien plus qu’un simple acte. C’est un acte d’engagement. Il va vous donner des obligations pour le service de notre patrie, pour le service du drapeau. Ce n’est pas qu’un contrat. Merci pour cet acte d’engagement, il doit vous remplir de fierté. »
Il a également insisté sur les exigences qui attendent les futurs appelés : « Vous allez rejoindre des unités opérationnelles qui demanderont une certaine exigence et une certaine disponibilité. Vous allez passer par des formations initiales extrêmement exigeantes. Surtout, ne lâchez jamais. Essayez toujours de vous dépasser. Pensez à vos camarades, ceux qui sont à vos côtés. »
Un message qui fait écho à celui du lieutenant Kévin, revenu à plusieurs reprises sur l’importance de la cohésion et de la résilience.
« Cette formation vous bousculera. Elle vous fera sortir de votre zone de confort. Elle sèmera vraisemblablement le doute dans vos motivations et vos convictions personnelles. Soyez rassurés, nous sommes tous passés par là. Dans les moments de doute, pensez aux anciens et aux candidats non retenus. Saisissez votre chance. »
Selon lui, les instructeurs accompagneront les jeunes afin de développer « la résilience, la rusticité et l’esprit de cohésion si spécifique aux armées ».
Dix mois sous statut militaire

Avant la signature officielle, le lieutenant Kévin a rappelé aux futurs appelés les principales obligations liées à leur engagement.
« Le service militaire exige esprit de sacrifice, discipline, disponibilité, loyauté et neutralité », a-t-il souligné.
Il a notamment insisté sur les devoirs particuliers attachés à la condition militaire. Les jeunes recrues conserveront leurs libertés d’opinion et de croyance, mais devront respecter les exigences de réserve et de discrétion propres aux armées. Il a également rappelé que l’engagement militaire implique une disponibilité permanente au service de la Nation et un sens aigu des responsabilités. Ces principes figurent dans le statut général des militaires défini par le Code de la défense. « La Nation attendra de vous obéissance et responsabilité », a-t-il déclaré.
Après un mois de formation militaire initiale, les appelés rejoindront leurs unités d’affectation pour neuf mois d’immersion professionnelle.
Trois d’entre eux intégreront la Base aérienne 123 d’Orléans-Bricy. Les autres rejoindront les bases aériennes d’Avord et de Mont-de-Marsan. Tous exerceront une spécialité déjà définie : équipier fusilier de l’air, magasinier ou encore assistant en simulation aérienne.
Un recrutement ouvert à tous les profils
Pour intégrer le dispositif, les candidats passent plusieurs étapes de sélection. Le lieutenant Kévin insiste toutefois sur l’ouverture du recrutement.
« La première grosse étape, c’est la visite médicale. Tout le monde n’est pas apte à devenir militaire. Certains métiers, notamment dans la protection et la sécurité, ont des exigences physiques particulières. »
Des entretiens sont ensuite menés au CIRFA afin d’évaluer la motivation, l’environnement social, les aptitudes physiques et le comportement des candidats. « Plus que les notes, ce qui compte, c’est l’état d’esprit et le savoir-être », souligne l’officier. « Les résultats scolaires sont regardés, mais ce n’est pas le critère principal. »
« C’est clairement assez ouvert. Nous cherchons avant tout des jeunes motivés. »
Le service national constitue également une porte d’entrée vers une éventuelle carrière militaire plus longue.
« C’est un outil supplémentaire aujourd’hui pour intégrer les effectifs. Certains jeunes hésitent à s’engager sur quatre ou neuf ans. Dix mois peuvent être plus rassurants et permettent de découvrir concrètement le monde militaire. »
S’engager pour donner du sens à son avenir
Parmi les jeunes signataires, Enzo, 21 ans, a effectué un parcours de cinq ans dans la pâtisserie avant de changer complètement de voie.
« Le déclic est venu après ma journée citoyenne. J’avais un peu repoussé cette idée parce que j’entrais dans le métier de la pâtisserie. Mais je ne me sentais pas très utile dans ce que je faisais. J’ai vraiment ressenti le besoin de servir à quelque chose. »
Ce qu’il recherche dans l’institution militaire est clair : « La discipline militaire, c’est ce qui me manque. J’attends beaucoup de la formation et de tout ce qu’elle va m’apporter. » Le jeune homme rejoindra la base aérienne d’Avord comme équipier fusilier de l’air. « C’est de la défense de bases, de sites sensibles comme les aéroports, mais aussi de la lutte anti-drone. » Conclut-t-il.
Un ingénieur en quête de sens

À 24 ans, Mathis présente un profil différent. Originaire de Bellegarde, dans le Loiret, il est diplômé d’une école d’ingénieur en énergétique à Nancy. « L’armée m’a toujours attiré. Le déclic est arrivé pendant mon diplôme. Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. »
Pour lui, le service national représente l’occasion de découvrir un univers qu’il connaît encore peu.
« J’attends des rencontres, du travail et la découverte d’un milieu largement méconnu du grand public. Je pense que cela peut être extrêmement enrichissant. »
Ses proches l’ont soutenu malgré certaines inquiétudes. « Ils ont eu des craintes, mais ils ont été contents quand cela s’est concrétisé », explique-t-il. Sa mère, Carole, n’a pas été surprise par cette décision. « C’est quelque chose auquel il pensait depuis longtemps. Nous lui avons toujours dit : passe d’abord tes diplômes, puis tu verras. Aujourd’hui nous sommes très heureux pour lui parce que c’est vraiment un projet qu’il portait depuis des années. »
Pour elle, cette période de dix mois constitue une première expérience avant une éventuelle carrière plus longue dans les armées.
Un enjeu de recrutement et de transmission

À la Base aérienne 123 d’Orléans-Bricy, l’arrivée des premiers appelés est particulièrement attendue. Cinquante postes doivent être pourvus dans le cadre du service national.
Pour le capitaine Guillaume, l’enjeu dépasse largement la seule question des effectifs.
« Recruter est fondamental, ne serait-ce que pour garantir le lien armée-Nation. Le lien avec la jeunesse est essentiel. » Selon lui, le dispositif offre une première expérience professionnelle à des jeunes qui découvrent des métiers souvent méconnus. « C’est une opportunité de découvrir des métiers extrêmement divers et variés. »
La base recherche notamment du personnel dans la protection, mais aussi dans la communication, le soutien ou encore les spécialités liées à l’aéronautique.
« La base aérienne 123 est une plateforme majeure qui s’articule autour de deux piliers : les A400M ATLAS et les forces spéciales Air. Autour de ces missions gravitent de nombreuses unités de soutien qui recrutent aujourd’hui dans le cadre du service national. »
L’officier voit également dans ces jeunes recrues l’avenir de l’institution. « Ils portent notre avenir. Nous comptons sur eux. Notre mission aujourd’hui est de transmettre. Cette jeunesse, c’est notre avenir et notre obligation, en tant que militaires, est de lui transmettre nos valeurs. »
Parmi ces valeurs, il cite « le service, l’excellence, l’intégrité » mais aussi « cette volonté permanente de se dépasser ». Dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques, il rappelle que « la défense du pays est l’affaire de tous ».
« Ces jeunes ont choisi de s’engager directement. C’est leur manière de contribuer à l’effort de défense. »
Au moment de voir les contrats être signés les uns après les autres, le capitaine Guillaume ne cache pas son enthousiasme. « Je suis tès fier. Je me revois quand jétais jeune. Ces jeunes choisissent une vie qui n’est pas forcément simple. Dans quelques semaines, ils partiront faire leurs classes, ils vivront des moments exigeants. Finalement, ils partent à l’aventure. Et voir que la relève est là, cela me remplit d’espérance. »
Dans quelques semaines, ces premiers appelés rejoindront leurs bases respectives pour entamer leur formation militaire initiale. Une nouvelle étape pour eux, mais aussi un test grandeur nature pour ce nouveau service national qui doit accueillir 3 000 jeunes à l’échelle nationale dès cette première année de déploiement.





Commentaires