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La France se prépare à commander la composante aérienne de la force de réaction de l’OTAN

19 oct.
7 min de lecture
Le général Fourneret dans la war room de la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun, le 13 octobre 2026; Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Le général Fourneret dans la war room de la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun, le 13 octobre 2026; Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Par Audrey Rodrigues


Depuis le 1er juillet 2026, l’armée de l’Air et de l’Espace assure le commandement de la composante aérienne de l’Allied Reaction Force (ARF), la force de réaction alliée de l’OTAN. Au centre de planification et de conduite des opérations aériennes de Lyon-Mont-Verdun, un état- major multinational est prêt à prendre en charge les moyens aériens qui lui seraient confiés en cas de crise. Une capacité qui repose sur une préparation opérationnelle exigeante et une coordination étroite avec les Alliés.


Dans la war room du Centre air de planification et de conduite des opérations et de la défense aérienne (CAPCODA), les informations se croisent, s’analysent et contribuent à la préparation des missions aériennes. C’est ici que se prépare une partie du dispositif de l’OTAN. Le 13 octobre 2026, sur la base aérienne 942 de Lyon-Mont-Verdun, le général de brigade aérienne Julien Fourneret, commandant la Brigade aérienne des opérations, présente les missions du centre de planification et de conduite des opérations et de la défense aérienne (CAPCODA). Derrière les portes de ce bâtiment, l’armée de l’Air et de l’Espace planifie et conduit les opérations aériennes françaises. Depuis le 21 septembre, une structure dédiée au commandement de la composante aérienne de l’ARF y a également été activée.


La mission confiée à la France s’étend sur un an, jusqu’au 30 juin 2027. Pendant cette période, elle doit pouvoir mettre sur pied, dans des délais contraints, un commandement aérien multinational capable de planifier et de conduire les missions qui seraient confiées à la force de réaction alliée. L’ARF n’est toutefois pas engagée en permanence dans une opération. Elle constitue une capacité disponible, mobilisable sur décision de l’OTAN en fonction de la situation.


Un état-major prêt à monter en puissance


Portrait du général Fourneret. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Portrait du général Fourneret. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Le Joint Force Air Component (JFAC) est la structure chargée de planifier, programmer, coordonner et conduire les opérations aériennes d’une force interarmées. Il ne se limite pas à organiser des vols. Il doit transformer une intention opérationnelle en missions concrètes, répartir les moyens disponibles et assurer leur coordination avec les autres composantes engagées.


Le dispositif peut être dimensionné selon la nature de l’opération. Les moyens aériens attribués au commandement dépendront des besoins, du scénario et des contributions des pays alliés. Ils ne sont pas affectés d’office à l’ARF pendant toute la durée de l’alerte. « Le jour où l’opération se monte, l’OTAN confiera un certain nombre de moyens pour faire la mission », explique le général Julien Fourneret. Les appareils peuvent provenir de contributions volontaires des États membres ou des forces identifiées dans le modèle de forces de l’Alliance. Le JFAC doit alors être en mesure d’inégrer ces moyens, quelle que soit leur origine, et de les employer dans un cadre opérationnel commun.


La structure française s’appuie sur les compétences du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), qui assure déjà des missions permanentes de surveillance et de protection de l’espace aérien national, ainsi que la planification et la conduite d’opérations en France et à l’étranger.


Le centre de Lyon-Mont-Verdun compte environ 250 personnes, avec la possibilité de recevoir des renforts venus d’autres unités de l’armée de l’Air et de l’Espace selon les besoins. À l’échelle du CDAOA, quelque 3 500 personnels contribuent aux différentes missions de commandement, de surveillance, de renseignement et de conduite des opérations aériennes. Cette organisation permet de mobiliser des spécialistes déjà familiarisés avec les procédures de commandement et de contrôle. Elle doit aussi pouvoir absorber une hausse rapide de l’activité, alors que l’armée de l’Air et de l’Espace conduit simultanément des missions sur plusieurs théâtres.


La préparation, condition de l’engagement

La capacité à commander une opération multinationale ne s’improvise pas au moment de son déclenchement. Elle nécessite des procédures communes, des personnels qualifiés et un entraînement régulier entre les différentes composantes. La préparation française s’est notamment appuyée sur un exercice de l’OTAN organisé à l’automne 2025, puis sur l’exercice ORION, au cours duquel l’Alliance a évalué la capacité du dispositif à répondre à ses exigences. Ces entraînements ont permis de faire travailler ensemble les structures de commandement et de vérifier leur aptitude à planifier et conduire une opération dans un cadre multinational.


L’évaluation ne porte pas seulement sur la connaissance des procédures. Elle doit confirmer que les différentes fonctions d’un état-major peuvent travailler ensemble, transmettre les ordres et adapter la planification à l’évolution d’une situation. Pour le général Fourneret, cette qualification représente aussi une reconnaissance du savoir-faire français. « Le processus d’entraînement, de validation et d’évaluation par l’OTAN a été long et difficile », rappelle-t-il, en soulignant la nécessité d’atteindre le niveau attendu par l’Alliance. Le commandement de la composante aérienne de l’ARF est organisé selon un système de rotation entre les pays alliés. La France succède ainsi à la Turquie pour la période allant de juillet 2026 à juin 2027. À l’issue de cette échéance, l’Italie doit prendre le relais.


Cette responsabilité implique de maintenir une structure en mesure de fonctionner rapidement, sans pour autant disposer en permanence de l’ensemble des avions et des systèmes qui pourraient être nécessaires à une opération. La disponibilité des moyens et leur attribution relèvent de décisions distinctes, prises en fonction des besoins de l’Alliance.


Une force multinationale modulable

Créée en 2024 pour remplacer la NATO Response Force (NRF), l’Allied Reaction Force s’inscrit dans l’évolution du modèle de forces de l’OTAN. Multinationale et multimilieu, elle rassemble des capacités aériennes, terrestres, maritimes, des Forces Spéciales et des moyens relevant notamment du cyber, de l’espace et du soutien logistique.


Son format doit pouvoir évoluer en fonction de la mission. L’ARF peut participer à des activités de formation ou de partenariat, contribuer à une réponse à une crise ou prendre part à une opération de plus grande ampleur. Sa vocation est de fournir au commandement suprême des forces alliées en Europe des options d’intervention rapidement mobilisables.


La structure générale de l’ARF est placée sous la responsabilité du quartier général du corps de déploiement rapide de l’OTAN en Italie, le NRDC-ITA. Les différentes composantes disposent de leurs propres chaînes de commandement spécialisées. À Lyon, le JFAC français serait responsable de la planification et de la conduite des missions aériennes pour les moyens qui lui seraient attribués.

« L’ARF est une réserve de forces supplémentaire à disposition du commandant opérationnel de l’OTAN », résume le général Fourneret.


Le caractère multinational de cette organisation suppose une coordination étroite entre les états-majors. Les moyens engagés peuvent appartenir à plusieurs pays, avec des équipements et des chaînes de soutien différents. Les procédures communes doivent permettre de les intégrer dans un même dispositif et de coordonner leur action avec les composantes terrestre et maritime.


Dans la war room, la conduite des opérations



Dans la salle de conduite des opérations, où les écrans présentent une partie des outils utilisés pour suivre et planifier l’activité aérienne, les postes de travail correspondent à des fonctions spécifiques. Les équipes préparent les missions, répartissent les appareils dans les zones concernées et suivent leur déroulement. La planification peut couvrir des missions de défense aérienne, de reconnaissance, d’appui ou de sauvetage d’un pilote éjecté. Les équipes doivent notamment préciser les horaires, les moyens nécessaires et les conditions d’exécution, puis adapter les plans lorsque la situation évolue.


Le centre constitue ainsi un point de convergence entre la préparation des missions et leur conduite. Les informations remontées par les différents acteurs permettent de maintenir une appréciation de la situation et de réagir aux changements susceptibles d’affecter les opérations. La coordination concerne également les autres activités menées dans l’espace aérien. L’intégration des avions, des hélicoptères, des drones et des moyens de défense sol-air doit éviter les interférences et les risques de tirs fratricides. Le commandement aérien doit donc articuler les actions des différentes composantes sans se substituer à toutes leurs chaînes de commandement.


Cette organisation repose sur une répartition des responsabilités et sur la circulation de l’information entre les acteurs. Elle doit permettre au commandement de conserver une vision d’ensemble, tout en laissant aux unités concernées la conduite des actions relevant de leur niveau.


La défense aérienne, une mission déjà permanente

L’activation du JFAC dédié à l’ARF ne signifie pas que l’ensemble des opérations aériennes de l’OTAN bascule sous commandement français. Elle s’ajoute à une activité de défense collective déjà conduite par l’Alliance, notamment sur son flanc oriental.


La surveillance et la protection de l’espace aérien reposent sur des moyens répartis dans plusieurs pays. Des avions de chasse peuvent être placés en alerte afin d’identifier un appareil dont le comportement est inhabituel, d’intercepter un aéronef ou de répondre à une violation de l’espace aérien. Ces missions relèvent de dispositifs distincts de l’ARF, même si elles mobilisent des compétences comparables en matière de commandement et de contrôle.


La France participe régulièrement à ces activités. Des Rafale ont notamment été déployés dans les pays d'Europe de l'Est de l’Alliance en 2026 dans le cadre de missions de police du ciel. Les aéronefs s’intègrent alors à un dispositif coordonné avec les forces des autres pays membres. La défense contre les drones constitue également un sujet de préoccupation croissant. Elle ne repose pas sur une réponse unique, mais sur une combinaison de moyens adaptés aux différentes menaces, depuis les avions jusqu’aux missiles et aux drones de tailles et de performances variées. La coordination entre les moyens de détection, les systèmes de défense et les avions est essentielle pour assurer la protection de l’espace aérien.


À Lyon, le travail quotidien du centre permet de maintenir les compétences nécessaires à ces missions. Il fournit aussi une base opérationnelle sur laquelle peut s’appuyer la structure française appelée à commander la composante aérienne de l’ARF.


Une responsabilité au service de l’Alliance

Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, cette prise d’alerte traduit la capacité à assumer une responsabilité de commandement au sein d’une organisation multinationale. Elle s’inscrit dans une volonté française de contribuer à la défense collective, notamment sur le flanc oriental de l’OTAN, et de renforcer l’interopérabilité avec les forces alliées.


La valeur du dispositif ne tient pas uniquement à la possibilité de mobiliser des avions. Elle dépend aussi de la capacité à les intégrer dans une opération, à établir des priorités, à coordonner les missions et à maintenir une conduite cohérente lorsque plusieurs moyens et plusieurs nations sont engagés.


Le 13 octobre, la salle de conduite des opérations de Lyon-Mont-Verdun illustre cette dimension du combat aérien contemporain. Avant qu’un appareil ne décolle dans le cadre d’une opération de l’ARF, il faut un état-major capable d’organiser les missions, de transmettre les ordres et de coordonner les moyens mis à sa disposition. C’est cette capacité que la France doit maintenir pendant les douze mois de sa prise d’alerte, jusqu’au passage de relais à l’Italie à l’été 2027.

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