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Quand le devoir laisse des traces invisibles : itinéraire d’une soignante face au stress post-traumatique

  • 25 mars
  • 2 min de lecture
Photo personnelle de Parisa Azeri Coq.
Photo personnelle de Parisa Azeri Coq.

Par Parisa Azeri Coq


Je suis infirmière, formée aux urgences et au travail sur le terrain. J’ai appris à analyser, à prioriser, à agir vite. J’ai également servi dans la réserve opérationnelle du service de santé des armées (SSA).


Au Mali, j’ai été confrontée à ce que peu de regards peuvent supporter longtemps. Sur le moment, j’ai tenu. Parce que c’est ce qu’on fait quand on est formé pour cela : compartimenter, avancer, faire taire ce qui déborde.



Patrouille avec les gendarmes et les civilo-militaires en direction du centre de Gao, Mali. Photo personnelle de Parisa Azeri Coq
Patrouille avec les gendarmes et les civilo-militaires en direction du centre de Gao, Mali. Photo personnelle de Parisa Azeri Coq


Quand je suis rentrée, rien ne semblait anormal. En apparence du moins.


Avec le recul, les signes étaient pourtant là : troubles du sommeil, hypervigilance, irritabilité, fatigue persistante, cette sensation constante d’être en alerte. Mais mon regard d’infirmière s’est retourné contre moi. Je savais reconnaître les symptômes... chez les autres. Pour moi, j’ai rationalisé. Minimisé. Refoulé.


J’ai continué à travailler, à fonctionner, à avancer comme si de rien n’était.


Puis mon mari a lui aussi été atteint par un stress post-traumatique. Sans m’en rendre compte, j’ai basculé dans un autre rôle : celui de soignante à domicile. J’ai voulu le réparer, le soutenir, le sauver. C’était ma façon de donner du sens, peut-être aussi d’éviter de regarder ce qui se passait en moi.


Pendant huit ans, j’ai tenu ainsi. Huit années d’errance, de lutte silencieuse, où toute mon énergie était tournée vers les autres : mon mari, ma famille, mon rôle de maman, mon métier. Mais derrière cette façade, je m’épuisais.


On croit souvent que le stress post-traumatique se manifeste par des images violentes, des souvenirs envahissants. Mais il peut aussi être plus insidieux. Il s’infiltre dans le quotidien, altère les relations, érode la confiance, isole.


J’étais infirmière. J’étais formée. Et pourtant, je n’ai pas su me voir.



Carte d'identité militaire de Parisa Azeri Coq
Carte d'identité militaire de Parisa Azeri Coq


Ce que cette expérience m’a appris, c’est que personne n’est à l’abri. Ni les soignants, ni les militaires, ni ceux qui pensent “gérer”. Le corps et l’esprit finissent toujours par réclamer ce qui a été mis de côté.


Aujourd’hui, je parle. Parce que le silence entretient la souffrance. Parce que derrière chaque parcours comme le mien, il y a des familles entières impactées. Et parce que reconnaître le stress post-traumatique, c’est déjà commencer à se reconstruire.


Ce n’est pas une faiblesse. C’est une blessure. Invisible, mais bien réelle.




Extrait d'un article paru par la plateforme logistique désert de Gao au Mali.

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