“Betanî”, la mémoire des Yézidis entre exil et reconstruction
- 22 mai
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Par Audrey Rodrigues
Le 7 mai 2026, la Médiathèque James Baldwin a accueilli le vernissage de l’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme », réalisée par le photographe Romain Rabier en collaboration avec l’anthropologue Estelle Amy de la Bretèque. À travers portraits, récits et échanges publics, la soirée a donné une résonance humaine et politique au travail consacré aux familles yézidies réfugiées en France après le génocide perpétré par Daesh en 2014.
Présentée depuis le 5 mai et visible jusqu’au 31 mai 2026, l’exposition retrace les trajectoires de plusieurs familles installées dans la Drôme entre 2017 et 2021, après avoir fui les massacres commis dans la région du mont Sinjar, en Irak. Le projet mêle photographie documentaire et approche anthropologique autour d’un objet central : les « Betanî », de grandes couvertures polaires traditionnellement utilisées dans les villages yézidis.
Autrefois associées à la vie familiale et aux portraits de mariage, ces couvertures ont accompagné l’exil des survivants vers les camps du Kurdistan irakien puis vers l’Europe. « Beaucoup sont partis avec très peu de choses », a rappelé Estelle Amy de la Bretèque durant la rencontre. « Ces couvertures sont devenues des objets de mémoire, mais aussi de protection pendant la fuite dans les montagnes. »
Dans les photographies de Romain Rabier, les Betanî servent de décor et de fil conducteur. Réalisés à l’aide d’un studio mobile installé directement chez les familles, les portraits reprennent les codes des photographies traditionnelles yézidies. Chaque personne choisit sa posture, son expression et la couverture avec laquelle elle souhaite apparaître.
Au-delà de l’esthétique des images, les intervenants ont insisté sur la nécessité de mieux faire connaître une communauté encore largement méconnue en France. Estelle Amy de la Bretèque a notamment évoqué la discrétion culturelle des Yézidis, leur dispersion à travers plusieurs pays et les défis que représente aujourd’hui le maintien des liens communautaires en diaspora.
Le témoignage de Farhad Shamo Roto, membre de l’association Voice of Ezidis et survivant du génocide, a constitué l’un des moments les plus marquants de la soirée. Revenant sur l’attaque du 3 août 2014 menée par Daesh, il a dénoncé les massacres, les enlèvements de femmes et les déplacements forcés subis par les Yézidis.
Face au public, il a également exprimé son inquiétude concernant la situation actuelle des survivants et le manque de reconnaissance judiciaire à l’échelle internationale. Tout en évoquant les traumatismes encore présents, il a souligné l’importance de pouvoir reconstruire une vie en France grâce aux soutiens associatifs et citoyens rencontrés depuis son arrivée.
La table ronde a également permis d’aborder les questions d’accueil et d’intégration. Les échanges ont porté sur les solidarités locales qui ont facilité l’installation des familles dans la Drôme, notamment grâce à la mise à disposition de logements et à l’accompagnement d’associations.
Avec « Betanî », Romain Rabier propose ainsi bien plus qu’une série de portraits. L’exposition interroge la mémoire, la transmission et la manière dont des objets du quotidien deviennent les témoins silencieux d’un exil.
Entre mémoire du génocide et volonté de préserver une identité culturelle menacée, le projet donne un visage à une histoire encore trop peu racontée.





























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