À Orléans, une nouvelle Jeanne d’Arc investie sous le signe des guerres contemporaines
- 30 avr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 mai

Par Audrey Rodrigues
La cérémonie de remise de l’épée, organisée à la cathédrale Sainte-Croix, a ouvert hier, les Fêtes johanniques d’Orléans. Devant les autorités civiles, militaires et religieuses, la nouvelle Jeanne d’Arc a reçu son symbole le plus emblématique, dans une édition marquée par un écho direct à l’actualité internationale. Cette année, Clémence Miot incarne l’héroïne. Elle succède à Capucine Delaloy, qui tenait ce rôle l’an dernier. Un passage de relais solennel, au cœur d’une tradition vieille de près de six siècles.
Dans son allocution, le maire, Serge Grouard, a donné à cette remise une portée particulière, en s’adressant à la jeune femme à travers la voix de l’épée : « Tu ne me reçois pas comme un pouvoir. Je ne viens ni te couronner ni t’élever : je viens m’engager à tes côtés. Je ne te donne aucun droit, je t’impose une responsabilité. » Avant d’ajouter : « Rien de grand ne se fait sans risque. Je ne te demande pas d’être parfaite, mais d’être fidèle. » À travers ces mots, l’épée devient moins un attribut de puissance qu’un symbole d’exigence, un lien entre le doute et la foi, entre le présent et l’éternité, appelé à guider celle qui la porte.
Mais au-delà du rite, le discours s’ancre dans le présent. « Les temps d’aujourd’hui sont à nouveau à la guerre », a rappelé le maire, évoquant les missiles, les bombes et les drones. Cette année, la ville a choisi d’inviter une vingtaine d’enfants venus de Soumy, ville ukrainienne jumelée avec Orléans, proche de la frontière russe. Accueillis pour un séjour de répit, ils participeront notamment aux commémorations du 8 mai. « L’injustice est terrible. Elle l’est plus encore quand elle touche des enfants », a souligné Serge Grouard.

Le général Colardelle a prolongé cette lecture en évoquant la figure de Jeanne d’Arc blessée lors du siège d’Orléans : « La guerre ne se livre plus seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les esprits. Elle reste une réalité humaine, intime et incarnée. » Évoquant les blessés de guerre d’aujourd’hui, militaires comme civils, il a insisté sur des souffrances parfois invisibles, appelant à reconnaître leur engagement et leur reconstruction.
Dans un monde où les repères vacillent, il a mis en avant les valeurs portées par Jeanne – l’audace, la résilience, la fraternité et l’espérance – comme autant de repères pour le présent.

Parmi les invités d’honneur figurent notamment Anne-Marie Odunlami, engagée auprès des militaires blessés et présidente de CSRB (Comité de Soutien Rémy Boullé) ancien opérateur du CPA 20, aujourd'hui para-athlète de haut niveau, médaillé aux Jeux Paralympiques de Paris 2024 et le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio depuis 2021, qui avait accueilli le pape François lors de sa visite en Corse fin 2024.
Au fil des prises de parole, une même idée s’est imposée, la figure de Jeanne d’Arc, loin d’être figée, reste un repère dans une époque incertaine. À travers Clémence Miot, c’est ainsi une exigence d’engagement qui se transmet, entre mémoire et actualité — une fidélité à une mission qui dépasse celle qui l’incarne.

































Commentaires