Espionnage, sabotage, influence : la DRSD confrontée à l’extension des menaces hybrides
- 29 mai
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Par Audrey Rodrigues
Le général Aymeric Bonnemaison, directeur de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), a présenté hier l’analyse de son service sur les menaces pesant sur la France. Face à un environnement géostratégique qu’il estime profondément transformé, il a décrit une conflictualité désormais diffuse et permanente, mêlant espionnage, cyberattaques, manipulations informationnelles et pressions économiques.
« Renseigner pour protéger » : le général a ouvert son intervention en rappelant la devise de la DRSD. Longtemps cantonné à une image de service discret chargé du contre-espionnage militaire, l’organisme dépendant du ministère des armées revendique désormais un rôle plus large, au cœur de la protection de « toute la sphère défense », depuis les forces armées jusqu’aux entreprises stratégiques et à leurs sous-traitants.
Le directeur de la DRSD a insisté sur l’ampleur du changement de paradigme auquel les services français doivent faire face. Guerre en Ukraine, retour de la conflictualité de haute intensité, tensions au Proche et Moyen-Orient, réapparition du fait nucléaire dans les rapports de force internationaux : « on a changé de monde », a-t-il résumé. Selon lui, cette évolution impose une montée générale de la vigilance, y compris sur le territoire national.
Le retour des logiques de puissance se traduit également par une accélération technologique sans précédent. Intelligence artificielle, guerre électronique, spatial, drones ou technologies quantiques bouleversent les rythmes de l’innovation militaire. « Il ne s’agit plus d’améliorer un système en vingt ans, mais de l’adapter en permanence », a expliqué le général Bonnemaison, décrivant une « course permanente entre le bouclier et l’épée ».
Dans ce contexte, la DRSD concentre une partie croissante de ses efforts sur l’économie de défense. Le service suit désormais un écosystème beaucoup plus large qu’auparavant : PME innovantes, start-up duales, entreprises du spatial ou du drone, mais aussi industriels civils susceptibles d’être intégrés à une économie de guerre. « Le spectre s’étend », a reconnu le directeur de la DRSD, évoquant des sociétés qui n’étaient pas historiquement liées à la défense mais dont les capacités technologiques ou industrielles deviennent stratégiques.
Le général a longuement détaillé les menaces observées par ses services. Parmi elles figurent les repérages d’emprises militaires, les vols d’ordinateurs ciblés, les campagnes de manipulation en ligne ou encore les approches humaines destinées à capter des compétences sensibles. Il a notamment souligné l’essor des opérations de recrutement dissimulées derrière de faux entretiens rémunérés, permettant d’obtenir des informations stratégiques sur des entreprises ou des programmes sensibles.
Les survols de drones au-dessus des installations militaires constituent également un sujet de préoccupation croissante. Selon la DRSD, leur nombre a doublé en 2025 par rapport à l’année précédente. Le général Bonnemaison s’est toutefois montré prudent sur leur interprétation. La prolifération massive des drones rend désormais difficile la distinction entre un usage récréatif et une démarche hostile. Les services s’attachent donc à analyser les comportements : vols coordonnés, opérations nocturnes, répétition des trajectoires ou proximité avec des sites sensibles.
« La détection est déjà compliquée, l’attribution l’est encore davantage », a-t-il reconnu. Comme d’autres pays occidentaux, la France se heurte aux limites techniques de l’identification des télépilotes et à l’usage possible d’intermédiaires ou de sous-traitants agissant pour le compte d’acteurs étrangers.
Pour autant, le directeur de la DRSD estime que la France dispose d’un avantage : un « écosystème bouillonnant » d’ingénieurs et de jeunes entreprises travaillant sur les technologies de détection et de neutralisation.
Cette transformation du paysage industriel conduit la DRSD à intervenir beaucoup plus tôt auprès des jeunes entreprises innovantes. Le service cherche à sensibiliser rapidement les entrepreneurs aux enjeux de sécurité économique et de souveraineté. Selon le général, ces nouveaux acteurs sont généralement réceptifs aux recommandations des autorités lorsqu’ils prennent conscience de la sensibilité de leurs travaux.
Le directeur de la DRSD a également insisté sur la dimension informationnelle des menaces contemporaines. Les opérations de désinformation, selon lui, visent désormais autant les armées que les entreprises stratégiques françaises. Certaines campagnes cherchent à fragiliser la cohésion nationale en exploitant les fractures sociales ou politiques du pays. Sans désigner explicitement d’acteurs, il a évoqué des actions cherchant à alimenter les tensions autour de symboles ou d’événements médiatiques afin d’accentuer les phénomènes de radicalisation et de défiance.
La compétition économique internationale constitue un autre front majeur. Interrogé sur les risques d’ingérences étrangères, notamment américaines ou chinoises, le général Bonnemaison a répondu avec prudence diplomatique, tout en reconnaissant une intensification globale des rivalités. « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts », a-t-il rappelé en citant le général de Gaulle. Selon lui, les technologies françaises sont aujourd’hui « extrêmement convoitées », qu’il s’agisse d’investissements capitalistiques, d’acquisitions d’entreprises ou de captation de savoir-faire.
Le directeur de la DRSD a confirmé que le service suivait également certaines implantations étrangères à proximité de sites militaires sensibles, notamment des acquisitions foncières pouvant susciter des interrogations. Il a cependant rappelé que ces dossiers relevaient ensuite du traitement judiciaire et interministériel.
Au-delà des menaces sophistiquées, le général a insisté sur un facteur beaucoup plus banal : la négligence humaine. Selon lui, une grande partie des compromissions observées proviennent encore de comportements imprudents. Ordinateurs laissés sans surveillance, matériels volés dans des véhicules ou absence de précautions élémentaires demeurent des vulnérabilités majeures.
Le patron de la DRSD a ainsi plaidé pour une culture collective de sécurité, dépassant le seul cadre des services de renseignement. « Notre sécurité est une sécurité collective », a-t-il conclu, estimant que la vigilance devait désormais irriguer l’ensemble de la société de défense française.





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