Face à des menaces de plus en plus hybrides, la BRI revendique sa double culture d’enquête et d’intervention
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Par Audrey Rodrigues
ENTRETIEN — À la tête de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la Préfecture de police, Thierry Sabot observe l’évolution de menaces qu’il juge de plus en plus mouvantes. Entre criminalité organisée, terrorisme et nouvelles technologies, il défend un modèle fondé sur la complémentarité entre investigation judiciaire et intervention spécialisée.
Les formes de criminalité auxquelles sont confrontés les services spécialisés évoluent rapidement. Narcobanditisme, terrorisme, enlèvements liés aux cryptomonnaies : les frontières entre les différentes catégories de menace apparaissent de plus en plus poreuses. Pour Thierry Sabot, chef de la BRI, cette évolution impose avant tout une capacité d’adaptation permanente. « Nous faisons face à des menaces hybrides. La menace est très évolutive, que ce soit dans le milieu du crime organisé ou du terrorisme », observe-t-il.
Les récents enlèvements visant des acteurs de l’écosystème des cryptomonnaies ont illustré l’émergence de nouvelles formes de criminalité. Mais pour le responsable de l’unité, la réponse ne peut pas être construite autour d’un seul phénomène. « Nous ne devons pas nous focaliser sur une évolution donnée de la criminalité. Nous devons rester extrêmement ouverts pour percevoir les évolutions et essayer de nous y adapter. »
Créée en 1964, la BRI est la première unité d’intervention française. Initialement conçue pour lutter contre le grand banditisme, elle s’inscrit dans un contexte où les moyens de police scientifique restent limités. L’approche repose alors sur la connaissance des milieux criminels, la surveillance et le renseignement. « On s’intéressait aux malfaiteurs avant même qu’ils ne passent à l’acte parce qu’on les connaissait bien. On les suivait jusqu’au moment où ils commettaient une infraction afin de pouvoir les interpeller juste avant ou juste après », rappelle Thierry Sabot.
La culture de l’anticipation et de l’enquête constitue encore aujourd’hui un pilier de son fonctionnement. Après les attentats des Jeux olympiques de Munich, en 1972, plusieurs pays occidentaux renforcent leurs capacités d’intervention spécialisées. La Préfecture de police s’appuie alors sur la BRI pour structurer sa réponse face aux prises d’otages et aux actes terroristes. Cette évolution conduit à la création de la Brigade anticommando, devenue au fil du temps l’actuelle unité de contre-terrorisme de la Préfecture de police.
Pour Thierry Sabot, la singularité de la BRI tient précisément à cette double filiation. « Ce qui fait vraiment notre différence, c’est notre capacité à intervenir contre le terrorisme tout en maintenant notre activité de lutte contre le crime organisé, de police judiciaire et d’investigation de terrain. »
Une même unité pour deux métiers
Cette double compétence constitue l’un des principaux défis de l’unité. Les policiers doivent être capables d’alterner entre des missions de surveillance discrète pouvant durer plusieurs jours et des interventions nécessitant une réaction immédiate. Une polyvalence rare qui impose des exigences fortes en matière de recrutement et de formation. « Nous cherchons des policiers capables de faire ces deux métiers. Ce n’est pas donné à tout le monde. »
Après les attentats de Paris de 2015, la brigade a doublé ses effectifs afin de maintenir simultanément ses capacités d’enquête et d’intervention. L’organisation repose sur une alternance entre préparation opérationnelle et missions de terrain. « Une partie de l’équipe travaille sur les surveillances pendant que l’autre s’entraîne. Ensuite, ce sont les mêmes hommes qui assurent les deux missions. »
Au-delà des compétences techniques, Thierry Sabot insiste sur des qualités humaines indispensables : la capacité de décision sous pression, l’endurance et la rusticité. « Il faut garder la tête froide pour prendre la bonne décision au bon moment, y compris dans des situations de stress ou dégradées », explique-t-il. Les contraintes opérationnelles peuvent être intenses. « On peut être amené à passer plusieurs jours à dormir dans sa voiture parce qu’une équipe de malfaiteurs s’apprête à passer à l’acte et qu’il faut être présent au bon moment. »
La technologie comme outil de compréhension de la crise
L’évolution technologique constitue un levier majeur de transformation des méthodes d’intervention.
Dans les premières minutes d’une crise, les informations disponibles sont souvent fragmentaires. Thierry Sabot emprunte à Carl von Clausewitz la notion de « brouillard de la guerre » pour décrire cet état d’incertitude initial. « Quand on arrive sur une scène de crise, on a 1 % de compréhension de la situation. »
L’enjeu consiste alors à réduire au plus vite cette incertitude afin d’éclairer la décision opérationnelle. « Nous devons mener une guerre de l’information et du renseignement pour réduire cette zone d’incertitude. »
L’usage des drones constitue l’une des évolutions les plus structurantes de ces dernières années. « Les drones ont révolutionné notre activité de gestion de crise », estime Thierry Sabot. Ces outils permettent de collecter rapidement de l’image et du renseignement tout en limitant l’exposition des opérateurs.
« Il vaut mieux exposer un drone que d’envoyer un homme lorsqu’il y a potentiellement un terroriste qui est en train de tirer », résume-t-il.
La brigade s’intéresse également aux robots roulants, aux dispositifs d’observation à distance et aux outils numériques de commandement permettant le partage en temps réel des informations opérationnelles. « C’est bien beau de capter de l’image, c’est bien beau de faire des plans, mais il faut pouvoir les partager en temps réel. » explique Thierry Sabot.
Une coopération renforcée entre unités spécialisées
Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont constitué un moment structurant pour la coopération entre les forces d’intervention du ministère de l’Intérieur.
Selon Thierry Sabot, les responsables des trois unités spécialisées ont engagé un travail commun près de deux ans et demi avant l’événement afin de construire un dispositif coordonné. « C’est la première fois que les trois forces d’intervention spécialisées du ministère de l’Intérieur construisaient un plan commun de cette manière. »
Cette dynamique dépasse aujourd’hui le cadre des grands événements. La BRI entretient également des échanges réguliers avec les forces spéciales françaises ainsi qu’avec plusieurs partenaires étrangers. « Même si nos finalités ne sont pas exactement les mêmes, nos capacités de mise en action présentent des similarités que nous explorons régulièrement. »
Face à des menaces qu’il décrit comme de plus en plus évolutives, Thierry Sabot considère que la capacité d’adaptation demeure le facteur central de résilience des unités spécialisées. Une exigence qui s’applique autant aux méthodes d’enquête qu’aux modes d’intervention, dans un environnement où les frontières entre criminalité organisée, terrorisme et nouvelles formes de violence continuent de se recomposer.
Démonstration des capacités de la BRI à l'occasion du press day à Eurosatory 2026.
Paris, 14-06-2026. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

















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