La France accélère sa remontée en puissance dans les frappes terrestres longue portée
- 12 mai
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Par Audrey Rodrigues
Après les annonces récentes autour des travaux conduits par MBDA et Safran, Thales et ArianeGroup ont à leur tour officialisé, lundi 11 mai, la réussite d’un premier tir d’essai de leur munition balistique FLP-t 150, destinée à remplacer à terme les Lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée de terre française.
Réalisé le 5 mai 2026 sur le site d’essais de la Direction générale de l’armement (DGA Essais Missiles), sur l’Île du Levant, ce tir constitue une étape structurante dans la constitution d’une capacité nationale de frappe dans la profondeur, alors que les armées françaises cherchent à combler un retard capacitaire devenu manifeste depuis la guerre en Ukraine.
La munition FLP-t 150, développée conjointement par Thales et ArianeGroup, affiche une portée opérationnelle supérieure à 150 kilomètres. Positionnée « à la limite supérieure des systèmes d’artillerie », selon les industriels, elle emprunte plusieurs technologies issues des missiles balistiques : propulsion avancée, guidage renforcé et capacités de manœuvres terminales destinées à améliorer la précision et la survivabilité face aux défenses adverses.
Le tir d’essai a notamment permis de valider l’architecture générale du système ainsi que les performances attendues en environnement fortement brouillé, un enjeu devenu central dans les conflits contemporains. La munition repose sur un système de pilotage par gouvernes situées à l’arrière du propulseur, permettant des corrections de trajectoire jusqu’en phase terminale. Thales met également en avant l’intégration de son système TopStar Smart Receiver, conçu pour maintenir les fonctions de navigation et de synchronisation malgré les tentatives de brouillage des signaux satellitaires GNSS.
Au-delà de la seule munition, les deux groupes entendent proposer une solution complète articulée autour du lanceur terrestre X-Fire, développé par Thales avec le constructeur Soframe. Mobile, interopérable et conçu pour être rapidement déployé, ce système doit effectuer ses premiers tirs de démonstration d’ici la fin du mois de mai.

L’enjeu dépasse cependant le cadre d’un simple remplacement du LRU français, système dérivé du lance-roquettes américain M270. À travers le programme FLP-t, les industriels affichent clairement leur ambition de reconstituer une filière française de missiles balistiques conventionnels, dans un contexte européen marqué par le retour des stratégies de déni d’accès et des frappes de précision à longue distance.
« Ce tir marque une étape décisive pour les frappes de longue portée terrestre », a déclaré Hervé Dammann, directeur général adjoint des systèmes terrestres et aériens de Thales,
évoquant la capacité du groupe à « livrer rapidement et monter en cadence » dans un scénario de haute intensité.
Même tonalité chez ArianeGroup, dont l’expertise historique dans les systèmes stratégiques et spatiaux irrigue directement le programme. « La roquette FLP-t 150 nécessite les technologies issues de nos savoir-faire des systèmes balistiques », souligne Vincent Pery, directeur des programmes défense du groupe. Le dirigeant voit dans cette première réussite la possibilité de bâtir, à terme, « une filière balistique conventionnelle couvrant les besoins tactiques, opératifs et stratégiques ».
Le programme s’inscrit dans une dynamique plus large de réindustrialisation de la défense française et de recherche d’autonomie stratégique. Les industriels mettent d’ailleurs en avant une chaîne de production entièrement française, mobilisant plusieurs sites de Thales — à Cholet, Élancourt, Gennevilliers, La Ferté-Saint-Aubin ou Valence — ainsi que Soframe en Alsace et les implantations bordelaises d’ArianeGroup, autour d’un réseau de PME et d’ETI partenaires.
Cette souveraineté industrielle constitue l’un des principaux arguments avancés par les deux groupes, à l’heure où les armées européennes cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en munitions de longue portée sans dépendre exclusivement des industriels américains ou israéliens.
Le système X-Fire a également été crée pour rester compatible avec des munitions étrangères, afin de garantir l’interopérabilité avec les alliés de l’OTAN. Il pourra par ailleurs être intégré à la chaîne d’automatisation des tirs ATLAS de l’armée française, déjà pilotée par Thales.
Avec cette démonstration technologique, la France confirme sa volonté de revenir dans le cercle restreint des nations capables de maîtriser l’ensemble des briques technologiques liées aux frappes balistiques conventionnelles. Une capacité jugée désormais indispensable par les états-majors européens, confrontés à la montée des conflits de haute intensité et à l’allongement des distances d’engagement sur le champ de bataille.





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