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Lafarge condamné pour financement du terrorisme en Syrie : une décision judiciaire historique

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture
Une installation du groupe Lafarge, acteur majeur de l'industrie cimentière. Jcb-caz.
Une installation du groupe Lafarge, acteur majeur de l'industrie cimentière. Jcb-caz.

Par Audrey Rodrigues


Le tribunal correctionnel de Paris a rendu, lundi, une décision sans précédent en condamnant Lafarge SA pour financement d’organisations terroristes en Syrie. Une première pour une entreprise française, au terme d’un procès de six semaines qui éclaire d’un jour cru les liens entre intérêts économiques et zones de guerre.


La société a été condamnée à une amende de 1,125 million d’euros, le maximum prévu pour une personne morale. Plusieurs de ses anciens dirigeants et responsables de sécurité ont également été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison allant de dix-huit mois à sept ans, assorties d’amendes significatives.


Parmi eux, l’ancien PDG Bruno Lafont a écopé de six ans d’emprisonnement et de 225 000 euros d’amende. L’ancien directeur des opérations en Syrie, Christian Herrault, a été condamné à cinq ans de prison. Tous deux ont été interpellés à l’issue du délibéré. D’autres cadres, dont Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, ont également été condamnés, tout comme plusieurs responsables de la sécurité et intermédiaires accusés d’avoir facilité les relations avec des groupes armés.


Des millions versés à des groupes djihadistes

Au cœur du dossier, le maintien des activités de la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, entre 2012 et 2014, en pleine guerre civile. Selon le tribunal, environ 5,5 millions de dollars ont été versés à divers groupes armés, dont Daesh, afin de garantir la poursuite de l’exploitation du site.


Les prévenus ont soutenu avoir agi sous contrainte, évoquant des paiements assimilables à de l’extorsion dans un contexte sécuritaire dégradé. Une ligne de défense rejetée par les juges, qui ont estimé qu’ils avaient « connaissance du caractère terroriste des organisations » et avaient fait preuve d’une « indifférence délibérée » en poursuivant leurs activités.


« Ils ont discuté, négocié et payé pour continuer à opérer, alors même que l’usine était encerclée par l’État islamique », a souligné le président du tribunal.


La reconnaissance d’un système

Au-delà des responsabilités individuelles, le jugement marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle des acteurs économiques dans les conflits contemporains. L’ONG Yazda, qui représente des survivants de la communauté yézidie, s’est constituée partie civile et a salué une décision « qui reconnaît qu’un système plus large a permis la commission des crimes ».


Le tribunal a notamment rappelé que, le 3 août 2014, Daesh lançait, à proximité de la frontière syrienne, une offensive contre les Yézidis, marquée par des massacres, des déplacements forcés et des violences sexuelles de masse.


Les juges ont longuement évoqué ces exactions dans leur décision, décrivant « des déplacements forcés, des exécutions sommaires et un esclavage sexuel de masse », soulignant ainsi le lien entre les flux financiers et les crimes commis sur le terrain.


Une décennie de mobilisation judiciaire

L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée en 2016 par plusieurs ONG, dont Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR), avec le soutien d’anciens salariés syriens du groupe. Ces derniers, bien que centraux dans la révélation des faits, n’ont pas été reconnus comme parties civiles.


Après près de dix ans de procédure, le jugement consacre néanmoins le rôle des organisations de la société civile dans la mise en cause de la responsabilité des multinationales.


Une décision encore susceptible d’appel

Les condamnés disposent désormais de dix jours pour faire appel. Si tel est le cas, l’affaire sera rejugée et les peines pourront être confirmées, modifiées ou annulées. Par ailleurs, une autre information judiciaire reste en cours concernant une possible complicité de crimes contre l’humanité. Ce volet, distinct, pourrait déboucher sur un nouveau procès, sans calendrier fixé à ce stade.


Pour les parties civiles, l’enjeu dépasse la seule question du financement du terrorisme, il s’agit désormais d’établir les responsabilités dans un système ayant permis la commission de crimes internationaux majeurs, dont le génocide des Yézidis.

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