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PÉGASE 26 : la France projette sa puissance aérienne de l’Arctique au Moyen-Orient

27 août
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 août

Photo : Armée de l'air et de l'espace.
Photo : Armée de l'air et de l'espace.

Par Audrey Rodrigues


« On ne peut savoir où l’on va si l’on ne sait pas d’où l’on vient. » C’est par cette référence aux pionniers de l’aviation française que le général de division aérienne Julien Sabené a ouvert, ce jeudi 27 août 2026 à Balard, la présentation de PEGASE 26. Près d’un siècle après la disparition de François Coli et Charles Nungesser, partis du Bourget à bord de l’Oiseau Blanc pour tenter la première traversée de l’Atlantique d’est en ouest, l’Armée de l’Air et de l’Espace s’apprête à conduire une nouvelle projection à très longue distance.


Du 8 septembre au 15 octobre, près de 300 aviateurs français seront engagés pendant 40 jours, avec quatre Rafale F4, trois A330 MRTT « Phénix » et deux A400M Atlas. Pour cette septième édition depuis le lancement de PEGASE en 2018, la France empruntera un itinéraire inédit traversant quatre océans, de l’Arctique au Proche et Moyen-Orient, en passant par l’Indopacifique.


De l’Oiseau Blanc à PEGASE 26


Le général Julien Sabené présente la mission PEGASE 2026 lors du point presse à Balard. Paris, 27-08-2026. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Le général Julien Sabené présente la mission PEGASE 2026 lors du point presse à Balard. Paris, 27-08-2026. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Le parallèle historique choisi par le général Sabené donne le ton. Le 8 mai 1927, François Coli et Charles Nungesser décollaient du Bourget à bord de leur Levasseur PL 8, l’Oiseau Blanc. Leur appareil disparaîtra au cours de cette tentative de traversée de l’Atlantique, sans que les circonstances exactes de leur disparition aient pu être établies. « À peine moins d’un siècle plus tard, avec PEGASE 26, nous suivrons une route initialement proche de la leur », a expliqué le général Sabené.


La comparaison s’arrête évidemment là. Là où les deux aviateurs affrontaient l’inconnu avec les moyens de leur époque, PEGASE 26 s’appuie sur une chaîne complète de projection, de ravitaillement, de transport et de commandement. Mais, pour le commandant de la mission, un même état d’esprit demeure : « Les fondamentaux humains, cependant, ne changent pas et l’esprit qui va nous animer est pareil à celui des glorieux pionniers. Il est fait d’audace, il est fait de ténacité, il est fait de passion », a souligné le général Sabené.


Pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, cette capacité à intervenir loin et rapidement ne peut toutefois être considérée comme acquise. Elle doit être entretenue par un entraînement régulier, dans des environnements et aux côtés de partenaires différents.


Un parcours inédit à travers trois espaces stratégiques

PEGASE 26 commencera par le Groenland, première incursion française dans le Grand Nord. Dans un Arctique marqué par la transformation rapide de son environnement et par une compétition stratégique croissante, cette étape doit permettre aux aviateurs français d’éprouver leurs capacités à haute latitude et dans des conditions climatiques exigeantes.


Elle permettra également de renforcer la coopération avec le Danemark, dont les forces disposent d’une expertise reconnue des opérations arctiques. La France entend ainsi développer son interopérabilité avec les acteurs du Grand Nord et valider une nouvelle route de projection vers l’Amérique du Nord et l’Indopacifique.


Le dispositif rejoindra ensuite l’Alaska, où il retrouvera les forces américaines. Cette escale s’inscrit dans une relation militaire ancienne, régulièrement entretenue par des entraînements et des opérations communes. PEGASE 26 poursuivra ensuite sa route vers le Pacifique avec des escales au Japon, en Corée du Sud et en Indonésie.


Au Japon, où la mission fera escale pour la troisième fois, la France entend poursuivre un partenariat stratégique particulièrement dense dans les domaines aérien et spatial. En Corée du Sud, les échanges porteront notamment sur le ravitaillement en vol, l’espace et la lutte antidrones. L’escale sera également l’occasion pour les aviateurs français de rendre hommage aux militaires engagés pendant la guerre de Corée.


En Indonésie, la mission s’inscrit dans un partenariat de défense en progression. Le choix de Jakarta d’acquérir le Rafale et la réception des premiers A400M indonésiens donnent notamment aux deux pays des capacités communes autour desquelles développer leur coopération opérationnelle.


Tarang Shakti, La Réunion et le retour vers le Moyen-Orient

Après l’Indonésie, PEGASE 26 poursuivra son parcours selon deux axes. Une partie du dispositif rejoindra l’Inde, où les aviateurs français participeront à l’exercice multinational Tarang Shakti.


L’exercice permettra notamment de travailler avec plusieurs forces aériennes partenaires dans un environnement multinational de haut niveau. La coopération franco-indienne, déjà marquée par les exercices Garuda et Orion ainsi que par l’acquisition de 36 Rafale par l’Indian Air Force, constitue l’un des partenariats majeurs de la France dans l’Indopacifique.


Une autre partie du dispositif rejoindra La Réunion, où la mission prendra une dimension directement liée à la souveraineté française dans l’océan Indien.


La base aérienne 181 « Roland-Garros » constitue en effet un point d’appui majeur pour les Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI), qui regroupent plus de 1 700 militaires principalement déployés à La Réunion et à Mayotte.


Le rôle de cette infrastructure avait notamment été mis en évidence après le passage du cyclone Chido à Mayotte, fin 2024. La base réunionnaise avait alors participé à la mise en place d’un pont aérien avec la métropole, avec jusqu’à six rotations quotidiennes réalisées par des avions de transport militaire. « Nos concitoyens qui vivent sur ces territoires doivent être protégés en toutes circonstances », a rappelé le général Sabené.


La dernière partie du déploiement conduira enfin les appareils vers le Qatar, partenaire majeur de la France dans le Golfe, puis vers l’Égypte, où les aviateurs français participeront à l’exercice Amun.


Ces deux étapes prolongeront des coopérations militaires déjà anciennes, notamment autour du Rafale et du ravitaillement en vol.


Le Rafale, le Phénix et l’Atlas au cœur du dispositif

La composition de PEGASE 26 répond à une logique précise. Avec quatre Rafale F4, trois A330 MRTT Phénix et deux A400M Atlas, la France déploie un dispositif resserré, capable d’opérer sur de très longues distances.


Le Rafale F4 constitue le cœur de la capacité de combat. Son évolution renforce notamment la connectivité, le traitement des données et le combat collaboratif, tout en faisant évoluer ses capteurs et ses armements.


Les A330 MRTT Phénix rendent possible cette projection en assurant le ravitaillement en vol des chasseurs. Ils peuvent également transporter du personnel et du fret sur de très longues distances. Leur présence permet ainsi aux Rafale de conserver une capacité d’action loin de la métropole.


Les A400M Atlas assurent quant à eux la mobilité du dispositif et son soutien logistique. Leur capacité à transporter personnel et matériel, notamment vers des terrains sommaires, apporte une souplesse indispensable à une mission qui traverse plusieurs continents.


Pour le général Sabené, ce triptyque illustre l’évolution considérable de l’aviation militaire française en quelques décennies. Lorsqu’il a rejoint l’Armée de l’Air, le modèle reposait encore sur le Mirage 2000, le Transall et le C-135FR. « 36 ans plus tard, nous avons fait un bond qualitatif incroyable avec le triptyque Rafale, A400M Atlas et MRTT Phénix », a-t-il souligné.


Une opération commandée à distance depuis la France

La démonstration ne se limitera pas aux avions déployés. PEGASE 26 permettra également de mettre en œuvre les capacités françaises de commandement et de conduite des opérations aériennes.


Une partie du dispositif sera ainsi commandée depuis la France grâce au CAPCODA, le Centre air de planification et de conduite des opérations et de défense aérienne. Fonctionnant 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, il permet de conduire des opérations aériennes complexes en coordination avec les chaînes de commandement interarmées et interalliées.


« Grâce à l’espace et au progrès du C2, la capacité à commander à distance, nous pouvons désormais conduire PEGASE depuis le CAPCODA », a expliqué le général Sabené.


Cette capacité à projeter les aéronefs sans déplacer l’ensemble de la chaîne de commandement constitue l’une des évolutions majeures de la puissance aérienne française.


Une projection qui dépasse le seul cadre militaire

PEGASE 26 doit enfin renforcer le réseau de partenaires de la France. Pour le général Sabené, l’objectif est autant opérationnel que diplomatique. « Travailler ainsi, loin et avec des partenaires de confiance, c’est aussi exercer une diplomatie aérospatiale », a-t-il déclaré.


Les escales au Groenland, en Alaska, au Japon, en Corée du Sud, en Indonésie, en Inde, à La Réunion, au Qatar et en Égypte permettent ainsi d’entretenir des relations militaires sur un arc géographique particulièrement vaste. Elles offrent également aux forces françaises l’occasion de se confronter à des environnements polaires, tropicaux et désertiques et de travailler avec des partenaires aux capacités différentes.


Cette dimension s’étend également à l’industrie française de défense. Plusieurs pays visités disposent déjà de matériels français engagés dans PEGASE, notamment le Rafale, tandis que l’Indonésie a commencé à recevoir ses A400M.


« Nous ne serons pas simplement les utilisateurs de ces appareils de premier rang, mais nous serons également les ambassadeurs de notre industrie de défense qui rayonne bien au-delà de nos frontières », a insisté le général Sabené.


Une capacité à aller loin, et à y rester crédible

PEGASE 26 ne se résume donc pas à un tour du monde aérien. Derrière les 40 jours de mission et les quatre océans traversés se trouve un objectif plus large : maintenir la capacité française à projeter rapidement une force aérienne de combat, à la soutenir, à la commander à distance et à agir avec ses partenaires, dans des environnements très différents.


Le général Sabené revendique une démarche « non escalatoire », conduite dans le respect du droit international et notamment de la liberté de circulation aérienne.


L’Armée de l’Air et de l’Espace devra parallèlement continuer à assurer ses missions permanentes : police du ciel, contribution à la dissuasion nucléaire, réassurance sur le flanc Est de l’Europe, soutien aux partenaires liés à la France par des accords de défense et entraînement de ses forces.


Près d’un siècle après l’Oiseau Blanc, la technologie a profondément transformé la manière de se projeter. Mais l’ambition demeure finalement assez proche de celle des pionniers évoqués par le général Sabené : accepter l’inconnu, aller plus loin et conserver la capacité de franchir les distances lorsque les circonstances l’exigent.


PEGASE 26 en sera, pendant 40 jours, une démonstration à l’échelle du monde.

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