Quatre Rafale français déployés en Lituanie : la France renforce la posture de dissuasion de l’OTAN sur le flanc Est
- 29 mars
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Par Audrey Rodrigues
Déployés à partir du 28 mars 2026 en Lituanie, quatre Rafale français prendront officiellement l’alerte le 1er avril pour une durée de quatre mois dans le cadre de la mission de police du ciel balte (Baltic Air Policing, BAP) de l’OTAN. Près d’une centaine d’aviateurs sont engagés depuis la base aérienne de Šiauliai. Ce déploiement, qui s’inscrit dans un contexte stratégique toujours marqué par la guerre en Ukraine, illustre la continuité de l’engagement français dans la défense collective de l’Alliance, en particulier sur son flanc oriental.
Une mission permanente de souveraineté aérienne
La mission Baltic Air Policing, mise en place en 2004 après l’adhésion de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie à l’OTAN, vise à garantir l’intégrité de leur espace aérien. Dépourvus de capacités complètes de police du ciel, ces Etats bénéficient d’un dispositif allié reposant sur des rotations de chasseurs déployés tous les quatre mois.
Concrètement, les aéronefs français ont pour mission d’identifier et, si nécessaire, d’intercepter tout avion ne respectant pas les règles de circulation aérienne — absence de plan de vol, de contact radio ou de signal transpondeur. Les équipages sont maintenus en alerte permanente 24h/24, capables de décoller en quelques minutes dans le cadre d’alertes dites Alpha Scramble (réelles) ou Tango Scramble (entraînement).

Une 12e participation française, dans un contexte durci
Avec ce mandat 2026, la France signe sa 12e participation à la mission BAP et son 9e déploiement en Lituanie. Elle succède à l’Espagne et assure pour la première fois le rôle de nation cadre dans les pays baltes, aux côtés notamment d’un détachement portugais. Un rôle structurant qui confère à la France la responsabilité de la coordination du dispositif aérien allié sur zone.
Depuis 2014 et l’annexion de la Crimée, puis plus encore depuis 2022, l’OTAN a renforcé son dispositif de réassurance sur le flanc Est. La mission BAP a ainsi été complétée par l’enhanced Air Policing (eAP), avec des déploiements supplémentaires, notamment en Estonie.
Dans ce contexte, la présence française participe directement à la posture dissuasive et défensive de l’Alliance, tout en envoyant un signal politique de solidarité aux alliés baltes.
Un dispositif opérationnel complet et interopérable
Le détachement français repose sur environ 100 personnels : pilotes, mécaniciens, commandos de l’air, spécialistes du renseignement, des systèmes d’information ou encore du soutien médical et énergétique.
Les quatre Rafale engagés — au standard F4.1 — disposent de capacités avancées, notamment en matière de combat collaboratif, de détection et de survivabilité. Radar AESA, système de guerre électronique SPECTRA, pod Talios ou encore viseur de casque Scorpion renforcent leur efficacité. Ces évolutions renforcent la capacité des équipages à opérer dans un environnement contesté, caractéristique du flanc Est de l’Alliance.
Le dispositif prévoit également des phases dites hot (alerte opérationnelle) et cold (entraînement), permettant aux équipages d’alterner entre posture de réaction immédiate et exercices interalliés. Des coopérations sont ainsi prévues avec les forces aériennes portugaises, roumaines et d’autres partenaires de l’Alliance.
Une logique d’agilité opérationnelle
Le détachement français mettra aussi en œuvre le concept ACE (Agile Combat Employment), qui vise à déployer rapidement des moyens aériens sur des bases alliées avec une empreinte logistique réduite. Cette approche répond à un impératif : accroître la survivabilité et la réactivité des forces face à un adversaire capable de surveiller et cibler les infrastructures fixes.
Ces déploiements ponctuels contribuent à brouiller la lecture du dispositif allié et à conserver l’initiative opérationnelle.
Une activité soutenue en 2025
En 2025, le détachement français en Lituanie a mené une activité opérationnelle soutenue : 9 missions Alpha Scramble (interceptions réelles) et 15 missions Tango Scramble (entraînements), cumulant plus de 500 heures de vol. Les équipages ont également participé à 108 missions aériennes conjointes avec les forces italiennes, néerlandaises, polonaises et suédoises, ainsi qu’à 4 missions de ravitaillement en vol sur A330 MRTT néerlandais.
Parmi les opérations multinationales, le détachement a pris part à une mission Air Shielding regroupant A400M allemands, Eurofighter italiens et espagnols, F-18 finlandais, F-35 et A330 MRTT néerlandais, ainsi qu’un E3A américain. Des exercices conjoints de Close Air Support (CAS) ont également été menés avec les forces françaises, estoniennes, lituaniennes, italiennes et allemandes.
Ces activités confirment l’interopérabilité croissante des forces de l’OTAN et la capacité du détachement français à opérer dans un environnement complexe et multi-plateformes.

Un engagement stratégique de long terme
Au-delà de la mission elle-même, ce déploiement s’inscrit dans une stratégie plus large de la France visant à renforcer la sécurité européenne, en complémentarité avec l’OTAN.
La France entend maintenir une capacité d’action rapide, crédible et intégrée, tout en contribuant activement à la défense collective.
Dans un environnement stratégique en mutation rapide, la mission Baltic Air Policing reste ainsi un pilier visible — et opérationnel — de la solidarité alliée.




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