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RAID : deux jours au cœur de la formation des médecins d’intervention

9 oct.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 oct.

Briefing de l'exercice CQB. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.
Briefing de l'exercice CQB. Audrey Rodrigues / SENTRY Média.

Par Audrey Rodrigues


À Bièvres, quatorze médecins du RAID venus des antennes de métropole et d’outre-mer se retrouvent pendant deux jours pour valider leur brevet de médecin d’intervention. Au programme : effort physique, mise en situation tactique, NRBC, progression en hauteur et gestion de crise. Une formation destinée à confronter la médecine d’urgence aux contraintes d’une intervention.


Dans l’ancienne chapelle du site de Bièvres, transformée en salle d’entraînement, les stagiaires commencent par une série d’exercices physiques. Rameur, deadlift, déplacement de charges, puis prise en charge d’un mannequin médicalisé. L’atelier est conduit par un médecin du RAID et des opérateurs.

Déjà intégrés dans les antennes du RAID, ces médecins ne sont pas soumis à une sélection lors de ces deux journées. Celles-ci viennent valider une formation tactique commencée en amont et permettent également de travailler ensemble, loin de leurs antennes respectives.



Pendant deux jours, SENTRY Média a suivi les médecins du RAID à Bièvres, au cours du Brevet médical tactique. Retour en images sur une formation où l'urgence médicale se confronte aux contraintes de l'intervention.



Manu exerce la médecine d’urgence depuis vingt-cinq ans. Il connaît bien cette adaptation de la médecine aux contraintes opérationnelles. Après avoir exercé au SAMU, à la BSPP et dans le rapatriement médical, il rejoint le RAID en 2013. Il y découvre une autre manière d’exercer son métier.

« Quand on arrive au RAID, on découvre une autre dimension de la médecine. Il faut mettre ses compétences médicales au service d’une unité de police et d’un collectif, dans des situations où l’environnement peut rester dangereux. »


Au sein des colonnes d’intervention, les médecins sont intégrés aux entraînements comme aux opérations. Ils doivent pouvoir se déplacer avec les opérateurs, comprendre leur environnement et apporter une réponse médicale sans perturber la progression.


La différence avec l’urgence préhospitalière classique tient moins aux gestes eux-mêmes qu’aux conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés. À l’hôpital ou dans un dispositif de secours traditionnel, l’environnement est organisé autour du soin. Au RAID, la menace peut encore être présente. « En médecine d’urgence, on sait ce qu’il faut faire. Ici, il faut aussi savoir quand, où et comment le faire. Le bon geste, au bon moment, au bon endroit. »


Une plaie grave, une hémorragie ou un malaise ne se prennent donc pas nécessairement en charge de la même manière selon l’endroit où se trouve le médecin. Lorsque la zone n’est pas suffisamment sûre, le premier geste peut consister à extraire une victime plutôt qu’à commencer immédiatement une prise en charge complète.


Soigner dans la zone d’intervention



Cette logique est mise à l’épreuve lors d’un exercice de combat en milieu clos dirigé par Paul. Le scénario se déroule dans un appartement reconstitué. Une situation de violences conjugales dégénère et les opérateurs doivent intervenir rapidement pour libérer une victime. Après le briefing, la colonne progresse dans le bâtiment. Les recherches sont rapides. Des coups de feu retentissent. Un opérateur joue alors le rôle d’un blessé par balle. Le médecin doit évaluer la situation, éviter de s’exposer inutilement, extraire le blessé puis commencer sa prise en charge. Les munitions à blanc et les grenades d’entraînement ajoutent du bruit et de la pression au scénario. Le médecin doit continuer à raisonner alors que l’environnement ne ressemble plus à celui d’une prise en charge médicale classique.


Paul, qui participe à la préparation des médecins du RAID, souligne que cette capacité à évoluer avec une colonne d’intervention ne s’improvise pas. Un médecin doit d’abord disposer d’une solide expérience des urgences vitales. Il doit ensuite être capable de conserver la maîtrise de ses compétences lorsque les conditions se dégradent : fatigue, stress, effort physique, environnement hostile. L’humilité, l’adaptabilité et le travail en équipe font partie des qualités recherchées.


Avant même leur première mission, les médecins suivent une intégration qui les familiarise avec l’environnement opérationnel du RAID. Ils travaillent avec les groupes d’intervention et découvrent différentes spécialités : aérocordage, varappe, parachutisme, plongée, tir, cynotechnie, conduite rapide ou encore techniques opérationnelles.



Ils ne deviennent pas opérateurs pour autant. Ils doivent simplement pouvoir évoluer avec eux, sur tous les terrains, et rester disponibles lorsque la situation médicale l’exige. Paul met en avant cette articulation entre le médical et le tactique. « Tant que la menace persiste, il faut faire le bon geste, au bon endroit, au bon moment et pour le bon patient. » Le médecin est généralement placé à l’arrière de la colonne, à proximité du responsable du groupe. Sa position peut évoluer en fonction de la situation. Trop loin, il ne peut pas intervenir rapidement. Trop près, il risque de devenir lui-même une contrainte pour la progression.


Cette confiance se construit au fil des entraînements et des interventions. Paul compare le médecin au « filet du trapéziste ». Les opérateurs doivent savoir qu’il sera là s’ils en ont besoin ; le médecin, de son côté, doit pouvoir compter sur eux pour assurer sa sécurité.


Laura, de la réanimation au terrain



Parmi les médecins présents pendant le stage, Laura vient de Martinique. Anesthésiste-réanimatrice, elle exerce depuis plusieurs années aux Antilles et a rejoint le RAID comme médecin.

Son parcours l’a notamment conduite à l’hôpital Édouard-Herriot, à Lyon, dans les services de réanimation chirurgicale, de traumatologie et de déchocage. Elle y a découvert une médecine de situations critiques, faite de décisions rapides et de travail collectif. Au RAID, elle retrouve cette exigence dans un environnement très différent.


Elle ne connaissait pas à l’avance le contenu précis des ateliers de Bièvres. Ce qu’elle redoutait le plus n’était pas nécessairement l’effort physique, mais la capacité à raisonner correctement sous stress. La pression rencontrée à l’hôpital n’est pas celle d’une intervention au milieu d’une colonne, avec une menace potentielle, des tirs, du matériel lourd et des déplacements à effectuer.


Lors de l’exercice de combat en milieu clos, le premier réflexe consiste à regarder l’ensemble de la situation avant de s’occuper du blessé. Il faut pouvoir se protéger, protéger la victime et l’extraire avant de réaliser les gestes médicaux nécessaires.


La prise en charge de plusieurs victimes impose également d’autres réflexes. Dans une situation d’extraction ou de triage, le médecin ne peut pas consacrer le même temps à chaque patient qu’en situation d’urgence conventionnelle. Les gestes immédiatement salvateurs prennent la priorité.

« Le triage est quelque chose de très différent de la prise en charge individuelle d’un patient. Il faut apprendre à limiter les gestes à ceux qui sont indispensables à ce moment-là. » Laura reconnaît que l’un des exercices les plus exigeants reste pourtant physique. Le médecin doit pouvoir extraire un opérateur d’environ 90 kilos d’une zone dangereuse tout en étant lui-même équipé.


Les ateliers de progression en hauteur viennent compléter cette préparation. Les stagiaires travaillent leur aisance dans le vide et leur capacité à évoluer en hauteur, notamment dans des situations où la colonne doit franchir un obstacle ou changer de niveau.



Changer de terrain, garder ses réflexes

L’après-midi, les médecins entrent un par un dans un bus rempli de fumée pour un exercice NRBC. Masque, bouteille d’air comprimé et sac médical sur le dos, ils doivent retrouver puis extraire deux victimes représentées par des mannequins, un adulte et un enfant. D’autres ateliers se succèdent autour de la progression en hauteur et des techniques nécessaires à l’intervention. Les médecins changent de situation, de matériel et de contraintes sans disposer du temps nécessaire pour se préparer longuement à chaque exercice.



À 23h30, une nouvelle épreuve commence. Les stagiaires sont conduits à un point de départ avant de devoir retrouver leur chemin vers la base grâce à leurs capacités d’orientation nocturne. Les groupes rentrent progressivement au fil de la nuit. Le dernier arrivera vers 4 heures du matin. La fatigue fait partie intégrante de l’exercice. Les médecins doivent continuer à communiquer, à réfléchir et à fonctionner en équipe alors que plusieurs heures d’effort viennent de s’accumuler.


Le lendemain, les médecins poursuivent avec une réunion de base arrière consacrée à la gestion de crise et à la coordination. Les outils de cartographie opérationnelle permettent de travailler la conduite d’une situation à forte intensité, lorsque plusieurs acteurs et plusieurs victimes doivent être pris en compte.


Vingt-cinq ans d’urgence au service du RAID



Manu a vu évoluer cette médecine depuis son arrivée au RAID. Les situations rencontrées au cours des années ont aussi marqué sa pratique, notamment les interventions après les attentats de l’Hyper Cacher, du Bataclan ou encore de Magnanville.


Au Bataclan, les médecins ont dû prendre en charge des victimes alors que la menace n’était pas totalement levée. À l’Hyper Cacher, ils ont soigné des blessés pendant les échanges de tirs. Dans ces situations, la difficulté ne réside pas seulement dans la gravité des blessures. « Le plus difficile, c’est l’incertitude. Il faut décider avec des informations incomplètes, dans un environnement qui évolue très vite. » La situation est encore différente lorsqu’un opérateur est blessé. La proximité avec celui que l’on connaît et avec lequel on intervient régulièrement peut peser dans la prise de décision. Le médecin doit pourtant conserver la même rigueur.


Manu a également vu se renforcer la relation entre médecins et opérateurs. La confiance ne repose pas uniquement sur les compétences médicales. Elle se construit dans les entraînements, les échanges et la capacité de chacun à tenir sa place dans le collectif. « On apprend que la compétence individuelle n’a de valeur que lorsqu’elle est mise au service des autres. »


Cette culture commune est l’une des raisons d’être du brevet. Les médecins venus des différentes antennes se retrouvent, confrontent leurs pratiques et travaillent avec les équipes du niveau central. Ils repartent avec des automatismes communs et une meilleure connaissance de leurs collègues.

Le brevet sanctionne ainsi plusieurs dimensions : les connaissances médicales, la capacité à les mobiliser dans un environnement tactique, mais aussi le comportement sous stress, la communication, la condition physique et la capacité à travailler en équipe. Il ne constitue pas un aboutissement. Les médecins continuent ensuite à s’entraîner dans leurs antennes et à entretenir des compétences qui doivent rester disponibles à tout moment.


Une place au sein du collectif



Ces deux jours ont également déplacé le regard de Laura sur sa propre place au sein du RAID. « Je ne suis pas seulement le médecin de l’équipe. Je fais partie de l’équipe. » Elle repart de Bièvres avec le sentiment d’être davantage préparée à intervenir aux côtés des opérateurs, mais aussi avec une confiance renforcée dans les liens qui unissent les membres du groupe.


Paul, lui, voit dans cette formation une étape parmi celles qui permettent de faire vivre une doctrine médicale encore relativement récente. La médecine tactique s’est développée en s’appuyant notamment sur l’expérience militaire, avant d’être adaptée aux contraintes des interventions de police. Elle continue d’évoluer avec les pratiques, les retours d’expérience et les besoins opérationnels.

Depuis plus de trente ans, chaque intervention du RAID bénéficie d’une médicalisation. Les méthodes ont changé, les équipements aussi, mais le principe reste le même : pouvoir apporter une réponse médicale lorsqu’une intervention expose policiers et victimes à des blessures graves.


À l’issue des deux jours, les médecins reçoivent leur brevet. Laura résume ce moment en quelques mots : « Je suis fière et honorée de faire officiellement partie des médecins du RAID. » Derrière la qualification, il reste surtout une exigence : être prêt à intervenir lorsque les conditions ne permettent plus d’exercer la médecine comme ailleurs, sans jamais perdre de vue ce qui en constitue le fondement.


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